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(Complete Interview) Dr. Louis Herns Marcelin, Ph.D. on Rebuilding Haiti's Higher Education System

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Je m'appelle Herns, Herns Marcelin. J'enseigne à l'Université de Miami, à la faculté d'anthropologie. Je joue un double role. Je suis associé à la faculé de médecine, spécialement le département d'épidémiologie et de santé publique. Je collabore aussi avec le Centre d'Etudes Latino-Américaines et Caraïbéennes (Center for Latin American and Caribbean Studies). Donc, je suis un peu partout. J'assure aussi la coordination de l'INURED: l'Institut Inter-Universitaire pour la recherche et le Développement. Tod Landess: Quel était le status de l'éducation universitaire en Haïti avant le tremblement de terre? H.M.: Pour répondre à votre question, je dois faire un peu marche arrière. Dans les années 60, l'université haitienne était très puissante. L'Université d'Etat d'Haiti était la seule université reconnue au niveau national, à travers tout le pays. Vue sa capacité restreinte, l'université pouvait seulement recevoir les étudiants venant des familles élites du pays. Au fil des années,bien sûr, avec la pression démographique, la migration, les changements au sein de la société elle même, la demande pour une plus grande université allait en croissant d'une maniere exponentielle. L'Etat haitien ne pouvait fournir l'infrastructure nécessaire pour permettre à l'université de répondre à la demande croissante. De plus, le type d'université que nous avions, ne pouvait permettre aux étudiants de comprendre la réalité haitienne. Cette université était orientée vers la consommation de la culture française. Le curriculum était fait d'un contenu extérieur à Haiti. De plus cette université était taillée pour l'élite haitienne, pas nécessairement connectée à la réalité du peuple haitien. Cependant, nous avions quelques départements très renommés. La faculté d'agronomie par exemple était très réputée pour la qualité de ses recherches. Les données générées par la faculté d'agronomie ont suscité beaucoup d'intérêt. A partir des années 70 et au début des années 80, tout cela change, et pas pour le mieux. Nous avions vu la chute du régime des Duvalier. Cette chute entraina la chute des institutions d'importance majeure. Nous pouvons même dire que la chute des Duvalier entraina l'effondrement de l'université, parce qu'il s'agissait de l'Université de l'Etat Haitien. Duvalier avait changé le nom de l'université. Dans les années 60, c'était l'Université d'Haiti, puis le nom changea en Université d' Etat d'Haiti. De plus, l'université était très liée à la politique. Donc, le régime Duvalier s'est effondré et l'université a aussi explosé. Cependant, à partir des années 80, les universités avaient commençé à pousser comme des champignons. De plus, ces universités n'avaient aucune base conceptuelle, structurelle, légale et officielle pour leurs opérations. Jusqu'au 12 janvier 2010, date du tremblement de terre, nous pouvions compter plus de 159 institutions universitaires. Ces facultés fonctionnaient sans respecter des règlements, sans standards administratifs et académiques pour les professeurs et les étudiants. En ce qui à trait l l'Université d'Etat d'Haïti qui est l'université de la plus plus grande importance, sa valeur diminua avec le temps. Cette université était déjà en mille morçeaux. Elle avait souffert de multiples situations de crise au moment du tremblement du terre. Toutes les institutions qui se sont effondrées à la suite du séisme étaient déjà en crise. Le défi maintenant c'est de déterminer les conditions sous lesquelles il faudra remettre le système universitaire sur pied. Parlez-nous un peu de vos activités à l'INURED. Fais-nous savoir comment l'INURED a répondu à l'appel à l'aide d'Haiti? Avant de répondre à la question concernant l'INURED, son implication dans ce processus, j'aimerais parler de l'impact du tremblement de terre. Nous avions entrepris une évaluation des dégâts causés au système universitaire grâce à l'aide reçue de l'institution: HELP. HELP s'est chargée des photos. Nous avions fait les entrevues, organisé les groupes-focus, analyser les données, etc... Nous avions évalué qu'il y a approximativement 120 professeurs universitaires sont morts. Mais le nombre d'étudiants tués est plus élevé. Il y a 3,000 étudiants qui sont morts à la suite du séisme. Cependant, ce chiffre est trop bas. Le chiffre réel est plus élevé. Je suis convaincu que le tremblement de terre en a tué davantage parce que toutes les écoles, toutes les institutions universitaires ont été affectées d'une manière ou d'une autre. Ces institutions etaient en pleine session. Elles ont été détruites avec les professeurs et les étudiants à l'intérieur. Citons par exemple l'Ecole des Infirmières. L'Ecole Nationale des Infirmières s'est effondrée avec avec toutes les étudiantes et tous les professeurs qui y étaient. Passons à un autre point. Haiti a un problème de blocage au niveau de la transmission du savoir. En Haiti, nous n'avons pas de cadres administratifs. Nous n'avons pas suffisamment de cadres préparés pour prendre en charge la direction du pays. Donc, le tremblement de terre a sérieusement frappé un systeme qui était déjà dans une situation difficile. Si je me réfère au rapport produit par l'IDB, environ 3% de la population haitienne est morte à la suite du désastre, Cela signifie que le chiffre est plus élevé que 250,000. De plus, le nombre augmente de jour en jour. Je suis convaincu donc que nous avons environ 300,000 morts. Parmi les 3% morts, il y aussi les cadres, des gens bien formés, des membres du gouvernment qui ne sont plus en vie. Nous avions perdu des professeurs d'écoles et d'université, des haitiens éduqués, des gens de haut niveau académiques. Tous ces chiffres que j'ai avançés ne tiennent pas en compte la population haitienne dans un contexte plus large. Il y a beaucoup d'étudiants et beaucoup de professeurs qui étaient chez eux au moment du désastre. Ils n'ont pas été compté. Donc entendons-nous, c'est très sérieux. Le systeme universitaire haitien a subi des dommages extrèmement graves. Ces dommages auront un impact terrible sur le futur du pays si nous n'agissons pas. Vous m'avez demandé de vous dire ce que fait 'INURED: l'Institut Inter-Universitaire de Recherches et de Développement. Premièrement je dois vous dire que l'INURED est un consortium. C'est une institution qui regroupe plus de 35 universités à travers le monde. Nous pouvons citer: University of Miami (UM), Florida International University (FIU), etc.... They are from several countries: US, Haiti, Brésil, Dominican Republic, etc.... Notre première action était la production du rapport d'évaluation de la situation du systeme universitaire après le séisme. C'est ce qui nous permet de comprendre la portée et l'amplitude des dégats causés au systeme. En deuxième lieu, nous sommes entré en contact avec nos parternaires particulièrement notre partenaire haitien, l'Université d'Etat d'Haiti. Nous avions discuté sur la qualité de la réponse à apporter pour remédier à la situation. Nous avions aussi discuté des meilleures stratégies à utiliser pour apporter cette urgente réponse. Ces discussions ont eu lieu non seulement à UM mais aussi à la FIU. Nous avions aussi inclu dans nos discussions les meilleurs moyens à adopter pour canaliser toutes ces ressources vers Haiti. Toutes les universités partenaires de l'INURED veulent regrouper leur effort autour d'un seul projet qui sera disponible à un seul endroit en Haiti. Nous voulons etre en mesure de connecter les besoins avec les ressources que nous avons à offrir. Qu'est ce que nous offrons? Nous sommes en trains de travailler là-dessus. Probablement, il faudra me donner une autre entrevoir pour en savoir plus long. Mais, je vais quand meme vous donner un aperçu de notre plan. Premièrement, notre priorité addressera les besoins des étudiants en dernière année. Le cours de leurs études a soudainement arreté été par ce qui s'est passé. Ces étudiants devraient gradué à la fin de cette année. Cette graduation aurait eu lieu probablement en juin 2010. Mais maintenant, c'est remis en question. Vont-il continuer leurs études et acheverce qu'ils ont commençé. Ou vont-il s'arreté là? Nous avions appris que certaines universités ont recommençé. C'est le cas de l'UNIQ (Université Quisqueya) qui fonctionne sous des conditions difficiles mais qui, quand meme, a recommencé. L' Université d' Etat d'Haiti n'a pas encore pu recommencer. Les dirigeants essaient de trouver un local pour loger l'université. Donc, l'INURED a fait un travail d'évaluation des dégats, de documentation des besoins. Nous avions préparé notre rapport. Ce rapport a circulé dans le milieu universitaire tant à l'extérieur qu'à intérieur du pays. Ce rapport nous a permis de voir non seulement les besoins urgents qui doivent etre addressés immédiatement mais aussi les besoins à long terme qui doivent etre addressés d'une mainière plus stratégique. Notre urgence, c'est à dire le besoin immédiat qui aura notre réponse c'est ce groupe d'étudiants en dernière année d'études. Maintenant, après ce qui s'est passé au beau milieu de l'année académique, ces étudiants sont bloqués. Que faire? Vont-ils graduer? Vont-ils rester parmi les sans-abris et continuer à loger dans les rues? Vont-ils faire autre chose? Notre réponse c'est de voir dans quelle mesure nous pouvons identifier ces étudiants bien spéciques. L'Université d'Etat d'Haiti n'a pas la capacité actuellement pour continuer à encadrer ces étudiants et reprendre avec les cours. Nous voulons mettre des ressources tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays à la disposition de ces étudiants. Le second aspect du problème c'est le manque d'espace. Certaines universités n'ont plus d'immeubles pour loger leurs institutions. L'INURED va mettre son local à la disposition des professeurs et des étudiants uniquement pour ces classes spéciales visant leur graduation. C'est ce que nous comptons faire. Nous espérons qu'ils vont utiliser ce local que l'INURED offre. L'INURED a aussi pris l'initiative de discuter avec les partenaires. Par exemple, aujourd'hui, nous avons une rencontre avec des professeurs de UM. Mardi, nous rencontres d'autres collègues appartenant à d'autres universités telles que USF: University of South Florida. L'idée, c'est de voir comment nous pouvons coordonner nos activités pour apporter une réponse unique à Haiti. Donc, notre première réponse sera dirigée vers les étudiants en dernière année universitaire. Nous allons voir dans quelle mesure nous pouvoir les aider à atteindre leur but. Deuxièmement, Il y a des étudiants qui étaient en train de rédiger leur thèse et se préparaient à soumettre leur mémoire de sortie de l'université, Mais avec la mort d'une bonne partie du professorat, cette mémoire de sortie est devenue difficilement réalisable. Nous avons l'intention de créer un matching programme qui aura pour but de mettre par pair des étudiants de l'extérieur et de l'intérieur. Nous ces étudiants haitiens auront des compagnons d'études pour les supporter jusqu'à la fin de leurs études. Notre troisième réponse compte addresser l'un des problèmes-clef qui rend les études si difficiles en Haiti: nous n'avons pas de bibliothèque. Nous n'avons pas de bibliothèques organisées. Or, un système universitaire ne peut fonctionner correctement sans le support des bibliothèques. Nous avions déjà discuté de ce problème à l'INURED. Tous les membres partenaires sont au courant du problème. Ces discussions ont été spécialement engagées par UM, FIU, et d'autres. Il y a meme une universitaire brésilienne, à Rio de Janeiro qui s'est aussi engagée dans ces discussions. Aux Etat Unis, nous sommes aussi en contact avec MIT, Harvard University, etc... Nous voulons développer au sein de l'INURED une bibliothèque centrale (hub). Grace à ce hub, nous aurons accès aux données disponsibles dans toutes les universités partenaires. Les bases de données de toutes ces universités seront à la portée de tous. Tout le monde pourra y avoir accès. Nous sommes en train de travailler sur ce projet de création d'une bibliothèque-hub qui fera partie de notre réponse immédiate. Nous voulons aussi travailler sur un plan stratégique. Nous pensons qu'Haiti a besoin d'une démocratisation du savoir. Lorsque l'universitait marchait bien, elle était au service de l'élite. Comme j'en ai parlé plus haut, l'élite se tournait vers l'extérieur. Nous voulons placer ces bibliothèques-hubs dans différents points à travers le pays pour démocratiser le savoir. Nous n'allons pas créer une bibliothèque-hub pour satisfaire Port-au-Prince seulement. Nous allons les mettre un peu partout et ils seront disponibles à travers le pays pour que tous y aient accès. Un autre grand problème que nous avons en Haiti, c'est le problème de langues. Quoique nous avions essayé d'y remédier, le problème est encore là. La plupart des haitiens qui sont éduqués peuvent seulement lire le français. Ils peuvent difficilement lire le créole. Donc, nous avons un besoin de traduction de toutes les sciences en créole. Toutes les sciences, toutes les branches académiques qui font partie des "humanities" sont en francais, anglais ou espagnol, pas en créole. Donc, nous devons avancer notre langue et la développer pour pouvoir englober ces domaines universitaires. Ici, à UM et dans d'autres universités, nous avons un programme nommé: "Student Service Learning". L'étudiant apprend à travers le service. Nous allons ré-activer cette idée et proposer un projet de parité entre les jeunes de l'intérieur et de l'extérieur: "Youth to Youth project". Notre projet est dessiné pour aider les jeunes de Cité Soleil, un quartier très pauvre de Port-au-Prince. Nous avons déjà un centre communautaire en Haiti. Nous allons rouvrir les portes et commencer avec le projet: d'un jeune à un autre/Youth to Youth. Nous allons choisir des étudiants de UM et d'autres universités. Nous allons utiliser l'INURED comme hub. L'INURED rendra possible ces échanges d'un jeune à un autre. Par exemple puisque nos étudiants haitiens n'ont pas accès à des bibliothèques, ils utiliseront le hub, une sorte de bibliothèque digitale. Si nous voulons créer un centre pour loger la bibliothèque digitale, les gens doivent apprendre à naviguer sur le site. Donc, chaque étudiant sera le tuteur d'un autre étudiant. La transmission du savoir d'un étudiant à un autre est un outil merveilleux. Il nous suffira de passer une semaine en Haiti pour une session de formation. Ce sera fait d'un étudiant à l'autre. Et voilà! C'est un projet qui ne demande pas d'investissement d'argent pour assurer le transfert des connaissances. De meme, nous pouvons attaquer le probleme des langues de la meme maniere: l'espagnol, l'anglais, etc... En retour, ceux qui viennent de l'extérieur peuvent s'enrichir en apprenant une nouvelle langue: le Créole. Donc, la langue est une compétence fondamentale qu'il faut maitriser. A cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, nous n'avons pas accès aux ordinateurs, à l'électricité, etc. Mais beaucoup d'entre-nous ont le savoir-faire technologique. Nous pouvons assurer la transmission de la connaissance digitale sans créer une école. Voilà! C'est le genre d'activités que nous voulons entreprendre. Cependant, quelles seront les classes offertes au sein de ce programme spécial dont je parlais. Rappelez-vous que ce programme vise uniquement les étudiants qui allaient finir cette année. Nous allons évaluer nos ressources, non seulement ici à UM mais aussi au sein des autres universités partenaires. Par exemple, si nous prenons la faculté de l'information et de la communication à UM, nous voulons développer une relation pas seulement aujourd'hui mais aussi une relation durable. Nous voulons faire de meme pour la faculté d'ingénierie, la faculté d'architecture aussi. La faculté d'architecture de UM veut mettre des classes d'étudiants en Architure à la disposition des étudiants haitiens pour les accompagner. Nous avons aussi pensé à ouvrir aussi notre espace universitaire et nous analysons la possiblité de recevoir certains étudiants ici à UM. Ce sont là les idées, les projets sur lesquels nous travaillons et pour lesquels nous rechercherons des fonds. Ces projets répondront à des besoins urgents. Une fois les fonds reçus, nous les réaliserons. Pouvez-vous nous donner votre opinion sur la situation en Haiti. Quelle est l'action immédiate qui devrait etre entreprise en toute urgence? Voilà mon opinion. Je suis très inquiet maintenant. Je m'inquiète de la façon dont la communauté internationale s'engage dans les affaires internes d'Haiti. Vous vous demandez peut-etre: "Pourquoi suis-je si inquiet?". Je m'inquiète de la situation actuelle dans laquelle des institutions étrangères sont à la charge de la transformation d'Haiti. Donc, si un beau jour ces institutions laissent le pays, nous n'auront rien. C'est pourquoi j'aimerais qu'une collaboration se développe entre les institutions internationales qui aident Haiti et les institutions haitiennes. Mon second point de vue a trait à la perception que l'on a des haitiens. On nous perçoit comme des gens qui sont toujours dans le besoin. On pense que puisque nous sommes des mendiants, si l'on nous donne des abris, de la nourriture et quelques emplois, cela devrait suffir. Si l'on nous donne des écoles de base, de commerce, vocationnelles et techniques, cela devrait suffir. C'est intéressant que l'on pense cela de nous. C'est meme bien. C'est parfait! ... Mais si l'on veut vraiment nous aider à améliorer notre situation et la maintenir à long terme, voilà ce qu'il faut faire: On doit penser à former les leaders haitiens. On doit apporter un support effectif au leadership haitien. Nous voulons des leaders qui soient formés au sujet de la production et de la transmission du savoir en Haiti. Nous n'arriverons nulle part s'il l'on n'investit pas dans l'éducation universitaire. Sans cela, nous ne pourrons préparer les leaders de demain. Je porte beaucoup d'attention à l'éducation universitaire parqu'elle est importante. C'est grace à une éducation universitaire bien batie que nous démocratiserons le savoir, que les connaissances seront à la portée de tous. Nous avons besoin de connaissance universitaires qui reflètent les problèmes d'Haiti et proposent des solutions haitiennes. Il faut enraciner les connaissances universitaires dans la réalité haitienne. Former les futurs dirigeant, aider les leaders à comprendre leur pays, entraînera nécessairement un meilleur gouvernement. Les dirigeants pourront mieux organiser leur pays et par conséquent nous auront une meilleure société haitienne, ou nous verrons plus égalité. Nous nous dirigerons vers un futur plus assuré. Nous n'aurons plus besoin de faire appel à l'aide internationale à chaque fois qu'il y a un désastre. Nous serons plus en mesure d'y répondre sans mendier l'assistance internationale. Nous serons maîtres de notre destinée.

Video Details

Duration: 18 minutes and 20 seconds
Year: 2010
Country: United States
Language: English
Views: 309
Posted by: koze on Apr 2, 2010

Herns Marcelin Interview - Unedited

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