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Transcript for L'art de la bise
| Time | Content |
|---|---|
| 00:00 → 00:04 |
On dit "simple comme bonjour" pour exprimer que quelque chose est facile. |
| 00:04 → 00:06 |
Simple comme bonjour? |
| 00:06 → 00:09 |
Mais il n'y a rien de plus compliqué que de se dire bonjour en France. |
| 00:09 → 00:12 |
Surtout pour un étranger. |
| 00:12 → 00:18 |
Car les Français ne se disent pas juste "salut" ou ne se contentent pas de se serrer la main comme les Allemands. |
| 00:18 → 00:19 |
Ils se font la bise! |
| 00:19 → 00:22 |
Et faire la bise, c'est tout un art. |
| 00:22 → 00:26 |
Celui qui ne l'a pas appris dès le plus jeune âge comme les petits Français, |
| 00:26 → 00:28 |
"Allez, fais une bise à tata Géraldine!", |
| 00:28 → 00:30 |
a souvent l'air maladroit. |
| 00:30 → 00:35 |
Un peu raide, l'étranger se penche en avant, lèvres pointues et bras ballants |
| 00:39 → 00:44 |
incertain s'il faut poser les lèvres ou faire comme si on embrassait l'air, |
| 00:44 → 00:45 |
Ne riez pas. |
| 00:45 → 00:50 |
Les pauvres élèves allemands en échange scolaire connaissent tous ce terrible moment de gène |
| 00:50 → 00:54 |
quand ils se trouvent façe à leur famille d'accueil et que tout le monde n'a qu'une idée en tête : |
| 00:54 → 00:56 |
leur faire la bise! |
| 00:56 → 01:00 |
Pour faire la bise, on doit se poser 4 questions : |
| 01:00 → 01:04 |
Quand? Qui? Comment? Combien? |
| 01:04 → 01:05 |
Quand? |
| 01:05 → 01:08 |
Quand on se retrouve pour les loisirs, |
| 01:08 → 01:10 |
parfois le matin au travail, |
| 01:10 → 01:12 |
et toujours quand on arrive chez des amis. |
| 01:12 → 01:17 |
Il est évident que le temps d'embrassade est proportionnel au nombre d'amis. |
| 01:17 → 01:20 |
Si vous débarquez dans une soirée où se trouvent déjà 15 personnes |
| 01:20 → 01:23 |
vous avez le temps de mourrir de faim avant de passer au buffet. |
| 01:23 → 01:30 |
Les Allemands qui ont l'habitude de faire juste "allo" avec la main trouvent ça toujours un peu fastidieux. |
| 01:30 → 01:32 |
Qui? |
| 01:32 → 01:36 |
Il faut prendre en compte le lien familial, amical ou professionnel, |
| 01:36 → 01:39 |
l'âge et le statut de la personne. |
| 01:39 → 01:44 |
Par exemple, on ne fait pas la bise à son supérier hiérarchique. |
| 01:44 → 01:48 |
Ou plutôt, on attend que ce soit lui qui vous la propose. |
| 01:48 → 01:51 |
Mais on s'embrasse abondamment entre collègues. |
| 01:51 → 01:53 |
Les hommes, ça dépend. |
| 01:53 → 01:56 |
Ils s'embrassent parfois quand ils sont amis ou membres de la même famille, |
| 01:56 → 01:58 |
mais pas toujours. |
| 01:58 → 02:03 |
Entre jeunes on s'embrasse beaucoup, et les garçons semblent s'y mettre de plus en plus. |
| 02:03 → 02:04 |
Comment? |
| 02:04 → 02:07 |
La bise crée une promiscuité immédiate. |
| 02:07 → 02:12 |
C'est un reniflement animalier, et aussi une bonne base pour draguer. |
| 02:12 → 02:16 |
L'intensité, la durée et la conviction qu'on met dedans sont donc variables |
| 02:16 → 02:20 |
et il faut se confier à son feeling. |
| 02:20 → 02:24 |
Si on ne connait pas bien la personne, il est conseillé d'agir avec retenue. |
| 02:24 → 02:26 |
Combien? |
| 02:26 → 02:29 |
Ah, nous voilà arrivés au problème du nombre. |
| 02:29 → 02:31 |
Les Parisiens en font deux, |
| 02:31 → 02:33 |
les Montpellierains trois, |
| 02:33 → 02:37 |
A la Turbale, on en fait quatre, dans le Gard c'est trois, et ainsi de suite. |
| 02:37 → 02:44 |
Quand on ne sait pas d'où vient une personne, on peut facilement vivre un moment de flottement déstabilisant. |
| 02:44 → 02:51 |
Car il est très désagréable de tenter une troisième bise quand la personne visée se détourne déjà. |
| 02:51 → 02:56 |
ou de s'arrêter après deux bises quand l'autre meurt d'envie de vous en faire quatre. |
| 02:56 → 03:02 |
Mais j'ai remarqué que même les Français ne savent pas avec précision combien de bises on fait selon les régions. |
| 03:02 → 03:04 |
On me dit qu'à Strasbourg c'est deux, |
| 03:04 → 03:06 |
puis trois, puis deux. |
| 03:06 → 03:10 |
Un originaire de Nemours affirme qu'ils en font quatre. |
| 03:10 → 03:12 |
D'autres me certifient que c'est deux. |
| 03:12 → 03:14 |
Pourquoi ces incertitudes? |
| 03:14 → 03:17 |
C'est qu'il y a un probème de classes sociales. |
| 03:17 → 03:22 |
En France, il faut savoir, il y va toujours de la distinction des classes sociales. |
| 03:22 → 03:26 |
Pour faire court, on pourrait dire que les bourgeois, qui sont souvent radins on le sait, |
| 03:26 → 03:32 |
se contentent de deux bises, tandis que les prolos ne comptent pas et s'arrêtent rarement avant quatre. |
| 03:32 → 03:36 |
Bref, tout ça rend la vie compliquée aux étrangers qui ne savent jamais trop comment se comporter. |
| 03:37 → 03:42 |
Moi, je trouve que les Français devraient éditer une petite carte de France de la bise |
| 03:42 → 03:49 |
qui indiquerait, région par région et classe sociale par classe sociale, le nombre de bise qu'on est sensé faire lors de ses déplacements en France. |
| 03:49 → 03:54 |
A mon avis, ce serait aussi utile aux touristes qu'aux autochtones. |